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Othman Nasrou : "c’est l’Etat, avec sa dépense publique excessive, qui pèse sur le pouvoir d’achat"

Vice-président de la région Ile-de-France, Othman Nasrou rêve de déjouer le duel annoncé entre Eric Ciotti et Aurélien Pradié pour le congrès interne des Républicains de décembre, lors duquel les militants désigneront leur nouveau chef. Interview.



L’ex porte-parole de Valérie Pécresse a déjà tourné la page. Trois mois après la gifle de la présidentielle, Othman Nasrou (35 ans), vice-président de la région Ile-de-France, mûrit son projet de se porter candidat au congrès des Républicains. Moins connu qu’Eric Ciotti ou Aurélien Pradié, ce diplômé de HEC ne manque toutefois pas d’atouts pour faire valoir son éventuelle candidature, dont celui de la précocité. En 2017, il avait été élu président du groupe majoritaire à la région Ile-de-France (80 élus), à seulement 29 ans.


Capital : Othman Nasrou, êtes-vous candidat à la présidence des Républicains ?


Othman Nasrou : Ma décision définitive n’est pas encore prise, mais j’y pense de plus en plus, au fur et à mesure que j’échange avec nos parlementaires, nos élus et nos adhérents. Je ne me résous pas à ce que la droite soit prise en étau entre l’immobilisme d’Emmanuel Macron et la démagogie des extrêmes. Pour desserrer cet étau, la droite doit se refonder profondément. Sur la ligne économique, où nous sommes parfois en position de soumission intellectuelle face à la gauche, il faut assumer une volonté de baisser la dépense publique qui a tellement augmenté depuis 10 ans, et de remettre l’Etat à sa juste place, c’est-à-dire un Etat concentré sur ses missions régaliennes et qui se montre sobre dans sa gestion, pour redonner du vrai pouvoir d’achat aux Français.


A ce titre, nous entrons dans un quinquennat de clarification. Avec, d’un côté, Emmanuel Macron qui met la France sous perfusion d’argent public à coup de chèques et infantilise les Français, et de l’autre côté, des oppositions qui sont de plus en plus dispendieuses : le RN et la NUPES passent leur temps à nous expliquer qu’il faut dépenser toujours plus. Je propose un autre chemin : celui du sérieux budgétaire, des réformes structurelles, de la baisse de la dépense publique qui libère de la richesse et de la prospérité pour tous les Français. Si la droite ne porte pas cette voix-là, qui le fera ?


Comment jugez-vous l’action du groupe Les Républicains à l’Assemblée depuis l’entame du quinquennat ?


Les députés LR ont montré combien ils étaient précieux et indispensables, notamment en poussant le gouvernement à abandonner – ou en tout cas à reporter - l’idée de son chèque carburant, qui était véritablement une usine à gaz, et à retenir le choix d’une baisse des taxes sur l’essence, qui aboutit à une remise temporaire de 30 centimes à la pompe. Il était absurde de laisser l’Etat donner d’une main ce qu’il prend de l’autre.


Sur le rachat des RTT et la défiscalisation des heures supplémentaires, grâce notamment au travail courageux des sénateurs LR, la droite a réussi à imposer des mesures importantes pour la valorisation du travail, des mesures qui étaient d’ailleurs dans le projet que nous portions lors de la campagne présidentielle. Je suis heureux de voir que ces propositions trouvent aujourd’hui un soutien assez large.


La droite donne parfois l’impression d’avoir abandonné un pan de son identité, c’est-à-dire la maîtrise de la dépense publique. Doit-elle y revenir, quitte à proposer des mesures impopulaires ?


Pour ma part, j’assume pleinement cette ligne-là. Nous avons été les seuls à aborder le thème de la dépense publique pendant la présidentielle. C’est probablement plus difficile que de distribuer des milliards sous forme de chèques en bois, mais c’est le seul chemin possible pour la droite et pour le pays. Je veux que l’on retrouve le courage d’expliquer une idée simple : c’est l’Etat aujourd’hui, avec sa dépense publique excessive, qui pèse sur le pouvoir d’achat des Français en les matraquant d’impôts et de taxes. La dépense publique représente 60% du PIB alors que le salaire médian des Français est 20% inférieur à celui de l’Allemagne, où l’État se montre moins dispendieux. C’est une aberration pure et simple. Pour laisser les Français vivre mieux de leur travail, il faut que l’Etat baisse les charges sur le travail et qu’on rapproche ainsi le salaire brut du salaire net. Cela doit être universel : c’est le seul moyen de tirer tous les salaires vers le haut. La politique des seuils n’a jamais marché : à chaque fois, les classes moyennes en ont été les grandes perdantes.


Vous êtes donc opposé à la hausse du SMIC ?


Augmenter le SMIC a toujours pour conséquence de tasser les salaires légèrement supérieurs au SMIC vers le bas. En revanche, si on baisse les charges sur le travail, le SMIC augmentera aussi, même s’il y a moins de charges qui pèsent sur ce niveau de rémunération. Baisser les charges sur le travail augmentera toute la pyramide des salaires. L’idée est toujours la même : que l’Etat prenne moins dans la poche des Français qui travaillent.


Il faut baisser le nombre de fonctionnaires

Baisser les taxes sur l’essence et les charges sur le salaire, ce sont des recettes en moins pour l’Etat. Où sont les marges d’économies ?


À force de différer les réformes structurelles, la France a une charge de la dette qui pèse de plus en plus lourd. Les intérêts supplémentaires que nous versons désormais du fait de la hausse des taux représentent déjà l’équivalent du coût de 3 nouveaux porte-avions par an ! On entend souvent que des mesures d’économies budgétaires, c’est “du sang et des larmes pour les Français”. Mais “le sang et les larmes”, on va les avoir précisément parce qu’on aura trop dépensé, et mal dépensé.


Nous serons bientôt au pied du mur, avec une situation financière insoutenable. Il faut d’urgence cesser le gaspillage de l’argent public, lutter contre les doublons administratifs, rationaliser le périmètre de l’Etat et le débureaucratiser, engager une nouvelle vague de décentralisation, clarifier les compétences de chaque acteur, réduire drastiquement le nombre de structures, faire un grand ménage dans le maquis législatif et normatif, combattre la fraude sociale et bien sûr engager la baisse du nombre de fonctionnaires. Les métiers essentiels de la santé, de l’éducation ou du régalien (police, justice) doivent être protégés, mais il faut diminuer le nombre d’emplois administratifs.


Disons-le sans détours : on a un taux de prélèvement obligatoire qui est à 47,5% du PIB, la moyenne européenne est à 41%. Il faut qu’on tende vers la moyenne européenne ! La dépense publique doit baisser pour que les prélèvements obligatoires s’allègent. Cela va supposer des débats de fond et des propositions courageuses : on n’y arrivera pas avec de l’eau tiède et des demi-mesures. Je veux poser enfin la question de la refonte complète du statut de la fonction publique pour l’ensemble des métiers qui ne relèvent pas du régalien. Les policiers, par exemple, qui mettent leur vie en danger pour exercer leur profession, doivent conserver le statut actuel. Sur tous les métiers purement administratifs, il n’y a aucune raison que ce statut – et notamment l’emploi à vie - ne soit pas remis en cause.


Ce message est-il audible par les Français, qui bénéficient d'aides publiques depuis la crise du Covid ?


Je ne me suis pas engagé en politique pour dire ce que les gens veulent entendre. C’est précisément de ce manque de courage que l’on souffre aujourd’hui. La droite verse parfois dans une sorte d’étatisme, qui brouille son message. Il faut que nous ayons le courage de dire la vérité : tous les problèmes ne se règlent pas avec une hausse de budget. Je crois que ce message va aussi redevenir audible au regard des difficultés financières vers lesquelles nous allons. Quant aux solutions proposées par ce pouvoir, il s’agit de chèques, de rustine, de solutions de court terme, pendant que les problèmes structurels perdurent. Proposons des réformes de fond et ayons le courage de la cohérence et de la clarté, cela finira par payer.


Quelques-uns de vos collègues ne sont pas favorables au report de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans. Peut-on être de droite et opposé à cette réforme ?


Cela me paraît difficile. C’est peut-être impopulaire mais c’est une évidence : il faut qu’on travaille plus longtemps. Nos principaux voisins européens ont retardé l’âge de départ à la retraite, nous devons le faire également. Dire la vérité sur les retraites, c’est également prendre la question des déficits publics à bras-le-corps : notre système n’est plus soutenable financièrement, il y a donc urgence à le réformer. Mais il faut aussi que l’on travaille davantage tout court. Actuellement, on ne produit pas assez car on ne travaille pas assez, il suffit de voir notre balance commerciale (ndlr : différence entre les importations et les exportations), qui est la pire d’Europe. Aujourd’hui, la politique de chèques d’Emmanuel Macron revient à subventionner la Chine, car, à défaut de produire suffisamment, on importe ce que l’on consomme. Donc, le pouvoir d’achat que l’on distribue ne profite pas aux entreprises françaises, mais aux économies d’autres pays. C’est un formidable gâchis.


Sur les 35 heures, il ne faut rien s'interdire

Travailler plus, c’est aussi revenir sur les 35 heures, selon vous ?


Je pense qu’il faut qu’on arrête d’être otage du prisme idéologique de la gauche. En l’occurrence, sur les 35 heures, qui ont causé énormément de tort à l’économie française, je pense qu’il ne faut rien s’interdire. Là aussi, il faudra qu’on assume la rupture jusqu’au bout. C’est aussi pour cela que nous devons mener ce travail de refondation.


La droite a perdu un tiers de ses adhérents depuis la primaire de décembre 2021. Comment réveiller ce parti que certains disent menacé de disparition depuis la défaite de Valérie Pécresse à la présidentielle ?


Il faudra qu’on ait le courage de tout remettre à plat, de tout réinventer, qu’on clarifie la ligne, qu’on repense la communication, qu’on revoit le fonctionnement du parti de A à Z. Je pense que nous devons aller au bout de la rupture et nous réinventer totalement. Cela doit commencer par un travail d’inventaire poussé, une analyse des 15 dernières années pour dire clairement comment on explique nos échecs, pour qu’on identifie nos impasses et nos ambiguïtés. Il faut mener ce travail sans concession : j’y prendrai toute ma part. Quant au fonctionnement du parti, il faut le moderniser en profondeur : les adhérents pourraient avoir bien davantage la parole, sur les sujets de fond comme sur les décisions tactiques. Bien sûr, il faudra aussi apporter beaucoup d’idées neuves, mais il n’est pas question de renier nos valeurs et notre histoire. On ne construit rien en oubliant d’où l’on vient.


Source : Capital

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