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Othman Nasrou : « Ce sont les Insoumis qui tuent, aujourd’hui, par leur idéologie »

Vice-président Les Républicains de la région Île-de-France et élu d'opposition à Trappes (Yvelines), Othman Nasrou connaît depuis dix ans Vincent Jeanbrun, le maire de L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), dont la famille a été attaquée lors des émeutes urbaines. Ils sont tous deux des fidèles de Valérie Pécresse, dont Othman Nasrou a été le porte-parole durant la dernière campagne présidentielle. Élu de banlieue, il a été aux premières loges des événements. Dans un entretien au Point, il dresse le constat édifiant d'une République qui a rendu les armes face aux dealers, s'en remettant sans l'avouer aux trafiquants pour ramener le calme dans les quartiers sensibles.


« On a laissé des zones de non-droit s'installer, des armes s'entasser, une organisation parallèle se mettre en place, qui a servi, en partie, sur le plan matériel, à ces nuits de violence. Les trafiquants font la loi dans les quartiers et ils la font maintenant pour ramener la paix », dépeint-il crûment. À la pointe dans la bataille culturelle face à La France insoumise, cet élu francilien aux positions tranchées accuse l'extrême gauche d'avoir attisé les flammes de la crise et installé dans l'esprit de certains jeunes une « inversion des valeurs ». Il appelle à mettre LFI « hors d'état de nuire » sur le plan idéologique. Cinglant.


Le Point : Vous êtes élu de Trappes (Yvelines). Quel diagnostic dressez-vous de la crise que nous venons de traverser ?


Othman Nasrou : Dans cette crise, on paie la facture de dizaines d'années de renoncement, en particulier depuis 2012. Cinq facteurs ont, à mon sens, précipité la crise : nous avons un problème de maîtrise des flux migratoires, d'effondrement de l'Éducation nationale, de réponse pénale, une responsabilité lourde de l'extrême gauche, qui mène une bataille idéologique. Et, en tant qu'élu de Trappes, je dénonce depuis des années une ghettoïsation de certains quartiers, voulue par certains élus, qui ont concentré les logements sociaux là où le trafic de drogues crée de véritables zones de non-droit.


Que voulez-vous dire par une ghettoïsation « voulue par certains élus » ?


Certains élus de gauche et d'extrême gauche, par intérêt électoral, ont concentré les logements sociaux pendant des dizaines d'années pour se constituer un électorat captif, considérant qu'ils allaient ainsi être réélus à vie et refusant de voir les conséquences que cela entraînait en termes de mixité sociale et de repli identitaire. La ville de Trappes a atteint historiquement jusqu'à 78 % de logements sociaux – 65 % aujourd'hui – et c'est le cas de bien d'autres villes. Sur ces territoires, des élus locaux refusent encore de mettre une police municipale. À Trappes, il n'y a toujours pas de police municipale le soir. Avec Valérie Pécresse, nous défendons de longue date en Île-de-France une mesure antighettos pour éviter une trop forte concentration en logements sociaux. Il aurait fallu mettre un plafond à la loi SRU [solidarité et renouvellement urbain, qui impose 20 à 25 % de logements sociaux, NDLR], et pas seulement un plancher. C'était une erreur majeure.

Lors de la réunion d’élus à laquelle j’assistais ce jeudi, un maire, de gauche, d’une ville importante de banlieue a alerté : “Si on ne fait rien, dans dix ans c’est le Liban en France.”

Si cette crise a cessé, c'est en partie parce que les dealers ont sifflé la fin du match. N'est-il pas sidérant de se dire que la République doit s'en remettre aux trafiquants ?


Toutes les sources policières le confirment, et cette question est pourtant éludée… Je participais jeudi matin à une réunion d'élus des Yvelines au cours de laquelle il nous a été expliqué que les trafiquants avaient donné le mot d'ordre de revenir au calme. La réalité, sur le terrain, c'est qu'on ne lutte pas vraiment contre le trafic, on laisse la gangrène s'installer dans les quartiers. Le « pas de vagues » existe, sur le plan sécuritaire, face au trafic de drogue. Je connais un maire qui a donné pour instruction à sa police municipale de ne plus aller dans certains quartiers, de peur de déranger les trafiquants !


J'ai mené un combat à Trappes contre l'insalubrité des logements dans le parc social, qui est un vrai fléau, et j'ai entendu des trafiquants m'expliquer que c'était aussi un problème pour eux pour la conservation du cannabis ! L'inversion des valeurs était telle qu'ils me disaient presque : « On va porter plainte contre le bailleur car on ne peut pas travailler. » On assiste aussi à un abandon moral lorsqu'on entend des personnalités politiques prôner la légalisation du cannabis, comme si cela allait faire disparaître le trafic. C'est faux et mensonger. Ce serait une erreur considérable. Il y a une perte totale des repères. On en est là, aujourd'hui, en France.


C'est une démission face aux trafics que vous décrivez…


On a laissé des zones de non-droit s'installer, des armes s'entasser, une organisation parallèle se mettre en place, qui a servi, en partie, sur le plan matériel, à ces nuits de violence. Les trafiquants font la loi dans les quartiers, et ils la font maintenant pour ramener la paix. Il va falloir qu'on se donne les moyens, par des mesures exceptionnelles, d'y mettre fin. Un système parallèle de valeurs s'est mis en place où des jeunes des quartiers, par contagion, en viennent à mettre sur le même plan le trafiquant et le policier. Le monopole de la violence légitime par l'État est remplacé par l'exercice individuel d'une forme de liberté de nuire. J'ai parfois entendu : « La police me dérange dans mon trafic, je suis en droit de lui tirer dessus. » On n'a plus le même logiciel, comme si on ne parlait plus la même langue, au sens propre comme au sens figuré.


Vous parlez d'inversion des valeurs, de concentration urbaine. Le sénateur LR Bruno Retailleau, dont vous êtes proche, a provoqué un tollé en évoquant, comme source de la crise, une « régression vers les origines ethniques ».


Les deux facteurs se recoupent territorialement. Personne ne dit que c'est l'origine ethnique qui conditionne le passage à l'acte, mais le repli identitaire crée un terreau fertile à la diffusion de certaines idéologies et d'une détestation de la France. Et s'il n'y avait pas de ghettos, s'il y avait davantage de mixité, ces idéologies se diffuseraient moins bien. Quand vous avez des gens qui tiennent des discours anti-France et orientent leur violence contre les institutions de la République, c'est bien qu'il y a un problème de repli identitaire. Bruno Retailleau a raison d'évoquer ce sujet. Il faut regarder la réalité en face. Lors de la réunion d'élus à laquelle j'assistais jeudi, un maire, de gauche, d'une ville importante de banlieue a alerté : « Si on ne fait rien, dans dix ans, c'est le Liban en France. » Tout le monde le sait.


Faut-il un nouveau plan Marshall « à la Borloo » pour les quartiers ?


Je considère pour ma part qu'on s'est trop intéressé au béton et pas assez au reste. Les moyens pour les moyens, c'est une erreur. Je ne dis pas que la rénovation urbaine n'était pas nécessaire, mais on se trompe en regardant tout sous le prisme du bâti. Si on se contente de déverser des moyens publics et de rénover les équipements, ça ne réglera rien. Il faut mener une bataille de l'intégration et de l'insertion professionnelle, une bataille éducative, culturelle et idéologique.

On m’a traité d’islamophobe et de fasciste parce que je voulais mettre la police dans les quartiers. On en est là.

En tant qu'élu des quartiers, vous vous sentez menacé quand vous voyez ce qui est arrivé au maire de L'Haÿ-les-Roses ?


On se sent menacé dès qu'on ne choisit pas la facilité et la démagogie dans son discours et dans son action. Vincent Jeanbrun a eu le courage de vouloir défendre sa mairie, et ça a fait de lui une cible. J'ai mené ma dernière campagne électorale avec un bouton d'appel, au cas où, parce que je tiens des propos sur la laïcité, sur la sécurité et sur la République qui ne conviennent pas à tout le monde. On m'a traité d'islamophobe et de fasciste parce que je voulais mettre la police dans les quartiers. On en est là. Aujourd'hui, tout le monde commence à ouvrir les yeux sur les défis auxquels nous faisons face.


Vous accusez l'extrême gauche de diffuser son idéologie dans les quartiers…


Quand on explique que la police est raciste par essence, il ne faut pas s'étonner que des policiers soient pris pour cibles. Certains élus expliquent à la jeunesse que ce n'est pas un policier qui est en faute – l'enquête le dira –, mais que c'est toute la police qui est en cause, de manière systémique. Quand on diffuse ces idées-là, on crée un système de valeurs parallèle. Mercredi, à la région Île-de-France, LFI a présenté un amendement à la suite de cette crise qui ne parlait ni d'« émeutes » ni de « violences », mais de « révolte populaire » ! L'extrême gauche a clairement fait le lit de la crise, en pensant obtenir « le grand soir » par plusieurs nuits d'émeutes.


Jean-Luc Mélenchon avait provoqué un tollé en disant : « La police tue. » Après la mort du jeune Nahel, ne faut-il pas revenir sur la loi Cazeneuve, qui régit l'utilisation des armes à feu par les forces de l'ordre, en cas de refus d'obtempérer ?


Surtout pas, car tout ce qui donnerait le sentiment qu'on désarme la police serait néfaste. La police n'est pas en cause comme institution : il peut y avoir des fautes individuelles, mais c'est le corps le plus contrôlé. Les discours des Insoumis contribuent à faire des policiers des cibles. Durant toute cette crise, ils ont légitimé la violence sans jamais appeler au calme. Ce sont les Insoumis qui tuent, aujourd'hui, par leur idéologie, et ils ont d'abord tué la gauche en la mettant, pour partie, en dehors du giron de la République. Malheureusement, ils sont très puissants dans les esprits, notamment chez certains jeunes. Nous devons mener la bataille pour les mettre hors d'état de nuire sur le plan culturel.


La génération des jeunes émeutiers qui ont participé aux violences est-elle perdue ?


Il ne faut jamais penser que c'est fichu. Pour une partie d'entre eux, les récupérer va être un travail colossal, le raccrochage sera difficile. Pour ceux qui sont passés à l'acte, en commettant des violences particulièrement graves, notamment, oui, ils sont perdus, mais je ne parlerais pas d'une génération entière. Quand des parents sont en difficulté, il faut les aider, mais quand ils sont défaillants il faut une réponse éducative beaucoup plus forte. La droite n'est peut-être pas allée assez loin quand elle était aux responsabilités, mais je rappelle qu'elle avait fait voter la suspension des allocations familiales des parents défaillants, une mesure proposée et défendue à l'époque par Éric Ciotti puis, malheureusement, abrogée par la gauche ! Nous avons perdu dix ans et nous n'avions déjà pas les moyens, à l'époque, de perdre ce temps précieux.


Cela peut aussi passer par des solutions d'encadrement des jeunes dès les premiers actes de délinquance. On ne peut pas attendre la 15e condamnation pour mettre un jeune en centre éducatif fermé ! Les Républicains viennent de présenter un plan complet de mesures pour restaurer l'ordre public, qui est sur la table. Quant aux refus d'obtempérer, ils ont été multipliés par trente en trente ans. Il faut une réponse exceptionnelle, à la mesure de cette situation. Autrement, nous revivrons ce que nous venons de vivre, et peut-être en pire.


Que pensez-vous des premières pistes ouvertes par l'exécutif ? Responsabiliser les parents, incriminer les jeux vidéo, distribuer des flyers, c'est à la hauteur ?


Je suis très sceptique et inquiet. Le régalien reste un impensé du macronisme. Le président est visiblement mal à l'aise sur ce sujet. C'était déjà le cas sur la question du séparatisme avec son discours des Mureaux [après l'assassinat de Samuel Paty, NDLR], qui n'a pas abouti à grand-chose. Il doit comprendre que nous sommes au pied du mur et que nous allons vers des heures encore plus sombres si on ne reprend pas la main. Cela suppose une réponse très forte sur la sécurité et sur le pénal, et sur l'Éducation nationale, qui est en faillite totale. Or je ne vois rien arriver. J'attends du président un plan très déterminé, clairement de droite, car on n'y arrivera pas avec le « en même temps ». S'il fait les choses d'un côté avec la main droite, de l'autre avec la main gauche, on retiendra qu'il aura eu les deux mains qui tremblent.


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