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Othman Nasrou : « La légalisation du cannabis est une proposition mortifère »

Vice-président LR de la région Île-de-France et élu de Trappes (Yvelines), une ville en proie au trafic de drogues, Othman Nasrou s'élève contre une proposition de sénateurs visant à légaliser la consommation de cannabis.



Valeurs actuelles. Le 10 août, dans le Monde, 29 sénateurs socialistes ont relancé le débat sur la légalisation du cannabis en s’engageant à déposer une proposition de loi en ce sens. Ils soutiennent notamment que la prohibition « maintient des quartiers dans une dépendance très forte aux trafics et se traduit par une insécurité et une violence insupportables pour les habitants ». Vous contestez cette approche. Pourquoi ?


Othman Nasrou. La légalisation du cannabis est une proposition mortifère qui foule aux pieds la situation dramatique que vivent au quotidien des millions de nos concitoyens dans des quartiers gangrénés par le trafic de drogue. Elle constituerait une défaite morale sans précédent : modifier les lois de la République parce que nous sommes dans l’incapacité de les faire respecter. C’est un blanc-seing donné à tous les voyous et délinquants. C’est reconnaître que nous avons définitivement perdu, que la République est trop faible pour faire appliquer ses lois. Je ne peux pas m’y résoudre.


Qui peut donc croire que les trafiquants vont soudain quitter les cages d’escalier et se reconvertir dans la vente légale de cannabis ?

La légalisation du cannabis est une proposition fallacieuse qui ne résoudrait absolument rien. Bien au contraire. C’est la porte ouverte à toutes les dérives : serions-nous d’accord pour assouplir nos lois pénales parce qu’il y a trop de détenus ? Nous devons plutôt construire davantage de prisons. Qui peut donc croire qu’avec la légalisation, les trafiquants vont soudain quitter les cages d’escalier et se reconvertir dans la vente légale de cannabis ? Les trafics continueront et se reporteront sur des substances plus dangereuses. Et le cannabis vendu dans ces quartiers viendra toujours de la contrebande. Nous aurons alors tout perdu.


Pour nos quartiers, nous ne devons pas le permettre. Pour tous ses habitants, les trafics sont un fléau qui empoisonne leur vie. L’occupation des cages d’escalier, les véhicules vandalisés, la peur de ces pères et mères de famille lorsqu’ils croisent un lieu de trafic en voulant simplement aller faire leurs courses ou accompagner leurs enfants à l’école. Je ne peux pas fermer les yeux sur cette réalité. C’est pourquoi je me battrai pour que l’on donne plus de moyens pour lutter contre ces trafics plutôt que pour les légaliser.


Notre législation sur les stupéfiants date de 1970. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’est pas un franc succès. Les Français sont les plus gros consommateurs de substances psychoactives en Europe, en particulier de cannabis…

C’est certain. Je ne suis pas naïf. Élu de Trappes (Yvelines), je vois ce qui se passe dans nos quartiers que l’on appelle pudiquement « des quartiers prioritaires de la ville » mais qui sont pour certains, en réalité, des quartiers où les lois de la République ne s’appliquent plus. Pour le moment, et je suis le premier à le dire, nous sommes loin d’avoir gagné la bataille contre le trafic de drogue. Mais devons-nous renoncer à nous battre ? Devons-nous renoncer à nos principes ? Pour moi, la réponse est claire : c’est hors de question ! Des solutions existent.


Il est inacceptable que des communes gangrénées par les trafics et le crime refusent encore de déployer une police municipale.

Il est possible de mettre en œuvre des mesures concrètes pour lutter efficacement contre le trafic de stupéfiants, dîtes-vous. Lesquelles ?


Tout à fait. D’abord, il faut renforcer la chaîne de sécurité sur le plan local, avec notamment la police municipale, qui a un rôle essentiel à jouer : elle connaît le terrain, elle connaît les habitants, elle est un maillon indispensable qui rend plus efficace l’action de la police nationale. Il est inacceptable que des communes gangrénées par les trafics et le crime refusent encore de déployer une police municipale.


La tranquillité publique est un droit fondamental.

Nous devons aller beaucoup plus loin. Aujourd’hui, la drogue est partout. Y compris dans nos écoles. Je veux protéger nos enfants de toutes ces intimidations et brimades que leur font subir ces caïds qui zonent à la sortie des écoles pour écouler leur marchandise. La tranquillité publique est un droit fondamental pour les adultes, mais aussi pour les plus jeunes de nos concitoyens. Je veux donc créer des « zones vertes » aux abords des parcs et des écoles. Tout trafic qui y serait commis serait une circonstance aggravante qui mènerait automatiquement à une peine beaucoup plus lourde pour les délinquants. Nous devons protéger nos enfants coûte que coûte et refaire des écoles et des parcs, des sanctuaires.


Pour éviter de concentrer les problèmes, nous devrons repenser en profondeur notre politique de peuplement.

Je souhaite également me projeter à plus long terme. La politique que nous avons menée depuis plus de cinquante ans a concentré les difficultés dans certains quartiers. Certains ont le choix entre des trafics, qui offrent de l’argent facile, et un marché du travail qui paraît totalement inaccessible. Nous devons donc repenser l’ensemble de nos politiques dans ces quartiers. L’autorité à l’école et la présence obligatoire en classe doivent être rétablies très rapidement pour affirmer les principes de la République. Et cela commence par l’assiduité et le respect dus au professeur. Il faudra s’engager pour lutter contre le décrochage scolaire et développer la formation : nous avons plus d’un million d’emplois non pourvus. Formons ces jeunes. Donnons-leur le goût et la valeur du travail. Et, à l’avenir, pour éviter de concentrer les problèmes, nous devrons repenser en profondeur notre politique de peuplement.


La police ne peut rien faire, car la réponse pénale ne suit pas.

En première ligne de la guerre contre la drogue, de nombreux policiers évoquent un épuisement et une perte de sens de leur action ; chaque démantèlement créant un nouveau marché dont les dealers se disputent le contrôle. Résultat : la criminalité augmente. C’est la quadrature du cercle…


Les caïds violent nos lois, agressent nos policiers et, pendant ce temps, nous regardons ailleurs. La police ne peut rien faire, car la réponse pénale ne suit pas. Quand un trafiquant est arrêté, il peut revenir dans son quartier au nez et à la barbe des policiers qui l’ont arrêté. Quand ce n’est pas un autre trafic qui a pris le dessus. Pas étonnant que nos policiers soient à bout. Pour les trafiquants de drogue, cela devrait être tolérance zéro. C’est malheureusement loin d’être le cas.


La sanction doit être automatique et exemplaire. Des peines planchers automatiques devraient être appliquées pour tous les trafiquants. Pour les consommateurs, je veux passer l’amende forfaitaire à 500 € avec une obligation de soin thérapeutique en cas de récidive.


Je propose que les trafiquants condamnés ne puissent pas reparaître dans leur quartier pendant au maximum une dizaine d’années.

Pour tous les trafiquants condamnés, ils doivent être systématiquement éloignés de leur zone d’influence. C’est pourquoi je propose qu’ils ne puissent pas reparaître dans leur quartier pendant au maximum une dizaine d’années avec interdiction de rentrer en contact avec des fournisseurs, des anciens contacts et des clients identifiés. Tous ces petits caïds condamnés pour trafics devraient également régulièrement faire l’objet de contrôles réguliers et de dépistages pour vérifier qu’ils n’ont pas replongé.


Un argument souvent avancé contre la légalisation est celui d’un glissement vers d’autres activités délinquantes et criminelles. Dans une note de 2019 intitulée « Cannabis : comment reprendre le contrôle ? », le Conseil d’analyse économique, qui produit des analyses économiques pour le gouvernement, a montré que partout où on a légalisé, la criminalité a diminué. Que vous inspire ce constat ?


Je connais bien le CAE. Comme vous l’avez dit, il conseille le gouvernement. Il n’est donc pas étonnant qu’il produise des recommandations qui vont dans le sens d’un gouvernement et d’une majorité très divisés sur cette question. Je ne me laisserai pas influencer par cette soumission intellectuelle. Et il faut lire l’ensemble de la note. Partout où le cannabis a été légalisé, la consommation a fortement augmenté, en particulier chez les jeunes adultes. Je ne peux concevoir une jeunesse ravagée par la consommation de cannabis avec tous les effets que l’on connaît, notamment le décrochage scolaire.


L’économie souterraine est trop ancrée, trop profonde pour que la légalisation y mette un terme.

Et il ne faut pas croire que les mineurs cesseront de se fournir parce que la consommation sera réglementée. Ils continueront à faire appel aux dealers et aux trafics. Comme je l’ai dit, la légalisation ne mettra pas fin aux trafics, qui se reporteront également vers des drogues dures comme la cocaïne ou l’héroïne. Et quand ces trafics auront ravagé nos quartiers, quelle sera la prochaine étape ? La légalisation pour y mettre un terme ? Nous devons arrêter cette fuite en avant et nous donner réellement les moyens de lutter contre ces trafics.


Réglementer le marché n’est-il pas un moyen de s’assurer de la qualité d’un produit sur la qualité d’un produit sur lequel les dealers n’ont pas de cahier des charges ?Réglementer le marché fonctionne seulement pour ceux qui le respectent. L’économie souterraine est trop ancrée, trop profonde pour que la légalisation y mette un terme. Et vous croyez vraiment que les dealers et les trafiquants vont respecter le cahier des charges que le gouvernement leur aura gentiment fourni ? Non, les trafics vont se poursuivre comme avant.


À l’heure où les Français manifestent « une ouverture croissante à un assouplissement de la réglementation », selon l’IFOP, le combat n’est-il pas déjà perdu ?


Arrêtons de gouverner avec les sondages ! Les premiers concernés sont les habitants des quartiers, ceux qui subissent la violence des trafics. Eux veulent davantage d’efficacité contre les trafics, pas que l’on légalise l’activité de ceux qui leur pourrissent la vie. Je suis convaincu que c’est justement le rôle du politique de se battre, de porter des idées, de convaincre y compris quand les Français ne semblent pas convaincus.


Il faut avoir le courage de porter des idées impopulaires.

Ce n’est pas toujours facile. Mais c’est aussi ça dire la vérité aux Français. C’est aussi le sens de mon engagement : sur les questions de dépenses publiques, sur la défense de notre identité, il faut avoir le courage de porter des idées peut-être moins populaires que d’autres à un moment donné mais qui sont les bonnes pour le pays. C’est pour cela que je veux que l’on se donne enfin les moyens de nos ambitions afin d’abattre définitivement le trafic de drogue.


Source : Valeurs Actuelles

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