Othman Nasrou (LR) : « Nous sommes prêts à un débat avec Édouard Philippe, projet contre projet »
Dernière mise à jour : il y a 8 minutes
ENTRETIEN. Au lendemain de l'annonce du candidat Horizons, qui a proposé à ses concurrents de la droite et du centre de se retrouver lors d’une grand-messe à la Toussaint pour se rassembler avant le premier tour de la présidentielle – comprendre : derrière lui –, le porte-parole en chef du candidat LR et numéro trois des Républicains, Othman Nasrou, lui fait une audacieuse contre-proposition : oui à un débat télévisé entre Bruno Retailleau, Édouard Philippe et ceux qui le souhaiteront, « projet contre projet ».
Lequel permettrait, selon lui, de démontrer aux Français que le Vendéen est le seul capable de porter « une vraie rupture » avec les mandats d’Emmanuel Macron, face à au Havrais qui prend « le risque d’apparaître comme le candidat de la continuité ». « On ne s’en sortira pas avec des rustines ou de l’eau tiède », tance le vice-président du conseil régional d’Île-de-France. On attend maintenant la réponse d’Horizons !
Le Point : Édouard Philippe a proposé aux chefs de parti de la droite et du centre de se retrouver à la Toussaint pour se rassembler et éviter un match entre les extrêmes au second tour. Bruno Retailleau a tout de suite fermé la porte, pourquoi ?
Othman Nasrou : Le « bloc central » a tout à fait le droit de s’organiser en interne, mais nous n’appartenons pas au même espace politique. Nous portons deux projets différents. Nous n’avons d’ailleurs pas soutenu le même candidat lors des deux dernières élections présidentielles. Chercher à faire perdurer, comme le propose Édouard Philippe, une construction politique réunissant des gens de droite et de gauche ne pourra pas fonctionner : c’est ce qui a conduit le pays dans l’impasse. C’est aussi à cause du « en même temps » que notre pays se retrouve dans la situation actuelle. Nous voulons en sortir.
Philippe, c’est la « saison 3 du macronisme », comme dit votre candidat ?
En proposant de construire une nouvelle coalition qui n’est pas clairement de droite, en refusant d’arbitrer des questions essentielles – comme la révision de la Constitution – et d’assumer une vraie rupture avec le bilan d’Emmanuel Macron, il prend le risque d’apparaître comme le candidat de la continuité. Les Français veulent un vrai changement.
Il faudra bien départager les candidats s’ils se maintiennent au même niveau dans les sondages. Écartez-vous totalement l’hypothèse d’une primaire ?
Bruno Retailleau ne craint pas la compétition. Il l’a démontré en se pliant à toutes les procédures souhaitées, par deux fois chez les Républicains en un an. Nous sommes le seul parti à avoir organisé des procédures aussi démocratiques pour désigner notre candidat. Nous ne sommes donc pas opposés par principe à une primaire. Mais force est de constater que personne n’est d’accord sur rien, ce qui nous rend sceptiques sur ses chances de voir le jour.
Plutôt qu’une réunion des chefs à huis clos, vous proposez un débat télévisé à Édouard Philippe et aux autres candidats de la droite et du centre ?
Bien sûr, nous sommes prêts à un débat projet contre projet, y compris avec Édouard Philippe ! Plus il y aura de débats, mieux ce sera. Ceux qui prétendent vouloir rassembler doivent accepter que les projets soient d’abord confrontés. Nous avons des différences programmatiques importantes. Bruno Retailleau considère par exemple que, sans révision constitutionnelle, la volonté de durcir la réponse pénale ou de maîtriser les flux migratoires restera un vœu pieux.
« Le RN fait preuve d’un amateurisme confondant. C’est la démonstration qu’il n’est pas prêt à gouverner. »
C’est une différence fondamentale avec Édouard Philippe, donc il faut débattre et tous les formats seront les bienvenus, sous réserve qu’ils soient respectueux. Avec l’équipe des porte-paroles que je coordonne, nous sommes prêts à y participer. Le pays est au bord du gouffre, nous devons l’éclairer sur les choix essentiels qui l’attendent, sinon cette élection ne servira à rien.
À qui Bruno Retailleau s’adresse-t-il ? Lorsqu’il était à Beauvau, il parlait autant aux électeurs de droite qu’aux sympathisants macronistes. On a l’impression qu’il délaisse aujourd’hui cette deuxième jambe…
Il ne délaisse personne. Il s’adresse à la majorité de droite, qui s’est dispersée ces dernières années dans notre pays. Une partie est chez les Républicains, une autre se retrouve chez Emmanuel Macron, au RN ou à Reconquête !. Ces électeurs veulent tous maîtriser la dépense publique, revaloriser le travail et une grande fermeté sur les questions régaliennes.
C’est cette majorité que nous voulons réunir. Le bon bulletin de vote pour cela est celui de Bruno Retailleau, car il est le seul à porter ce projet de rupture. Son expérience au ministère de l’Intérieur le rend particulièrement crédible sur les questions régaliennes, mais nous nous adressons à tous ces électeurs, sans distinction.
Édouard Philippe a critiqué votre proposition de révision constitutionnelle, appelant à respecter l’État de droit !
C’est précisément sur cette question qu’il existe une grande divergence entre les projets que nous portons. Nous pensons que le pays a besoin d’une vraie rupture et qu’on ne s’en sortira pas avec des rustines ou de l’eau tiède. S’il s’agit de produire une synthèse molle, le pays continuera de s’enfoncer dans des difficultés insurmontables et nous ne ferons que retarder l’arrivée au pouvoir des extrêmes.
« La position de Sarah Knafo sur l’AfD est coupable. »
Une révision constitutionnelle est nécessaire, sinon nous ne pourrons rien régler sur le plan régalien, ni lever les jurisprudences qui entravent tout changement. Réformer la Constitution pour lever ces blocages est parfaitement respectueux de l’État de droit, c’est le principe même de la démocratie. Veut-on arranger les choses à la marge ou considère-t-on que le pays a besoin de renverser la table ? C’est ce second choix que nous faisons avec Bruno Retailleau.
Marine Le Pen propose également de réviser la Constitution en utilisant l’article 11, ce que nombre de juristes dénoncent comme un coup de force.
Sur ce sujet comme sur d’autres – l’Ukraine, le voile ou la relation avec le Royaume-Uni comme nous venons de le voir avec « l’accord » migratoire signé par Jordan Bardella avec Nigel Farage – le RN fait preuve d’un amateurisme confondant. C’est la démonstration qu’il n’est pas prêt à gouverner. La proposition de révision de Marine Le Pen est une hérésie. La Constitution prévoit une procédure précise pour sa révision, via l’article 89. Il faut procéder dans l’ordre et d’une manière juridiquement solide, respectueuse justement de l’État de droit, et non passer en force en s’affranchissant de la lettre de la Constitution.
Interrogé sur Sarah Knafo, Bruno Retailleau dit tendre la main à tous. Or, elle vient de défendre l’AfD allemande, en contestant le qualificatif « néonazi » accolé à ce parti. Est-il vraiment possible de travailler avec Reconquête !?
Nous ne tendons pas la main individuellement à tel ou tel responsable politique. Nous nous adressons à tous les électeurs de droite qui cherchent un projet de rupture, capable à la fois de gagner et de gouverner sérieusement. Cela comprend les électeurs de droite qui ont voté pour Emmanuel Macron, le RN ou Reconquête ! La position de Sarah Knafo sur l’AfD est coupable. Elle siège au sein du même groupe au Parlement européen, alors même que ce parti compte parmi ses dirigeants des personnalités qui plaident pour la réhabilitation des Waffen-SS.
Votre candidat n’a pas encore enregistré de ralliements. C’est en cours ?
Je constate qu’avec David Lisnard, nous avons quasiment tout en commun : des projets proches, une estime mutuelle. C’est quelqu’un que j’apprécie et avec qui je souhaite que nous puissions construire. Mais ne donnons pas trop d’importance aux ralliements. Une présidentielle ne se joue pas sur les appareils, les étiquettes ou les chapeaux à plume. C’est la rencontre entre les Français, une personnalité et un projet.
Quelle réforme des retraites préparez-vous ? Bruno Retailleau a parlé d’indexer l’âge de départ sur l’espérance de vie, mais encore ?
Il aura l’occasion très prochainement de détailler son projet. Comme toujours avec lui, tout sera précis, financé, chiffré. Sur la révision constitutionnelle, il a même publié les textes qui seraient soumis aux Français ! L’idée est de sortir de ce débat sur les retraites par le haut, en faisant évoluer la durée de travail en fonction de l’espérance de vie, en tenant compte de la pénibilité. Nous sommes attachés à l’âge de départ, car l’idée selon laquelle on pourrait équilibrer un régime par répartition en laissant une liberté totale de choix ne tient pas.
Il faut conserver un âge légal, sinon le régime restera déficitaire, et basculer progressivement vers une capitalisation obligatoire. C’est très différent de ce que propose Marine Le Pen, qui semble redécouvrir le PER (plan d’épargne-retraite, NDLR) ! La capitalisation volontaire existe déjà : la vraie question est la mise en place, le plus vite possible, d’une dose de capitalisation obligatoire.
Les Républicains pourraient-ils censurer le prochain budget ?
Nous n’en connaissons pas encore le contenu. J’espère qu’il sera le moins mauvais possible et nous nous prononcerons, avec nos députés, lorsqu’il sera dévoilé. Mais ajouter de l’instabilité à la période actuelle, à quelques mois du scrutin présidentiel, n’apporterait rien, à la condition que le budget soit acceptable et n’aggrave pas la situation financière du pays comme ce fut le cas pour le précédent. Nous payons encore le coût de la suspension de la réforme des retraites. J’assume de dire que cette décision a contribué à la hausse des taux d’intérêt sur la dette française, par le signal envoyé. C’était une erreur majeure.
Pourquoi Retailleau ne décolle pas ? Ses sondages oscillent de 6 à 9 %.
La campagne commence à peine et l’attention des électeurs et des médias est enfin là. Je suis convaincu que, plus les sujets de fond seront discutés, plus il apparaîtra comme le candidat le plus constant, le plus sérieux et le plus crédible pour porter la rupture. Il est absolument déterminé et peut gagner cette élection. Les scrutins présidentiels ne se déroulent jamais comme les sondages le prévoient. Regardez où en étaient Emmanuel Macron, François Hollande ou Jacques Chirac au même stade de leur campagne ! Nous pouvons l’emporter, à condition que les électeurs de droite reprennent espoir.
Entretien à retrouver sur le site du Point : https://www.lepoint.fr/politique/le-porte-parole-de-bruno-retailleau-favorable-a-un-debat-televise-avec-edouard-philippe-GNDDMXYQ3JAI3KHGHUVGFD5BFQ/
ENTRETIEN PAR NATHALIE SCHUCK




Commentaires