OPINION « Taux d'intérêt : les marchés sifflent la fin de la récréation », par Othman Nasrou, secrétaire général des Républicains et ancien ministre
Alors que les taux d’emprunt français atteignent des niveaux élevés, Othman Nasrou, secrétaire général des Républicains, alerte sur le poids croissant de la dette et de ses intérêts. Il défend une rupture avec le modèle de dépense publique actuel et appelle à « libérer » le travail, la production et l’innovation.
Après des mois d’attente, les marchés ont sifflé la fin de la récréation. Le 14 septembre 2026, pour la première fois depuis la tempête financière des subprimes qui a balayé l’économie mondiale en 2008, le taux d’intérêt des OAT à 10 ans – le taux auquel notre pays emprunte pour refinancer sa dette publique – a dépassé la barre fatidique des 4.5%.
Et deux semaines plus tard, il atteignait déjà 4.77%. Dix-huit ans après le krach boursier, c’est désormais à un krach obligataire que doit faire face la France.
Je dis la France et non pas l’Europe. Car si nos voisins européens subissent eux aussi les conséquences des tensions géopolitiques qui font craindre le retour de l’inflation, aucun autre pays n’a vu sa situation se détériorer à un tel niveau. En l’espace de six mois, notre taux d’intérêt est passé de 3.5 à 4.8%. Et nous nous finançons dorénavant à des conditions plus défavorables que l’Italie, l’Espagne et même la Grèce.
La Grèce qui, pendant que nous nous écharpons sur la désindexation des retraites, a remboursé, cette année, de manière anticipée, treize milliards d’euros de dettes à ses créanciers, dont la France. Voilà l’état de notre pays à quelques mois des élections présidentielles, qui doit compter sur les dividendes des réformes des autres pour pouvoir retarder les siennes.
Nous ne les retarderons pas davantage. Nous ne les avons d’ailleurs que trop reportées. La crise du Covid n’a pas seulement enfermé les Français, elle a aussi refermé la parenthèse réformatrice du macronisme. Depuis 2020, nous vivons sous l’empire du « quoi qu’il en coûte ». Quand tous nos voisins fermaient les vannes de la dépense publique, nous trouvions, nous, toujours une bonne raison de les rouvrir.
En l'espace de six mois, notre taux d'intérêt est passé de 3.5 à 4.8%
Dix ans après l'élection d'Emmanuel Macron, le bilan est sans appel : la France n'a pas retrouvé son triple A, mais elle a reconquis un autre titre, celui de pays le plus dépensier d'Europe, avec 57.3% de sa richesse nationale engloutie par la dépense publique et financée en grande partie par la dette.
Une médaille que les Français vont payer à prix d’or. Car derrière le mur de la dette, il y a l’abime de ses intérêts, dans lequel la France est déjà en train de plonger.
Depuis 2020, la charge de la dette a plus que doublé. Elle devrait atteindre, cette année, 77 milliards d’euros, soit plus encore que le budget de l’Education nationale, hors pensions. Et sous l’effet combiné du besoin de refinancement – plus de 1300 milliards d’euros de dette arriveront à échéance dans les cinq ans à venir – et de la hausse des taux d’intérêt, cette charge pourrait représenter, à politique économique constante, plus de 140 milliards d’euros d’ici 2032.
La dette, obstacle aux réformes
Face à une telle pression budgétaire, les dépenses nouvelles que proposent la plupart des candidats relèvent moins d’une feuille de route gouvernementale que d’un roman électoral.
Aucun programme d’investissement dans la défense, le nucléaire ou le quantique, aucune modernisation de notre école ou de notre hôpital, aucune reprise en main de nos frontières et de notre influence ne pourra aboutir sans une rupture franche avec le modèle social-étatiste qui a prétendu soutenir la croissance par la dépense mais n’a abouti qu’à dévaloriser la production, désespérer l’innovation et appauvrir notre nation.
Tous ceux qui promettent de rafistoler ce système plutôt que de le refonder mentent aux Français. Marine le Pen en tête. Qui peut croire la candidate du Rassemblement national quand elle propose une règle d’or budgétaire à laquelle elle s’est toujours opposée ; quand elle prétend réhabiliter le travail alors qu’elle a refusé de conditionner le RSA à quinze heures d’activité par semaine ; quand elle promet une grande réforme de l’Etat dont elle pensait, hier, que c’était un « truc de droite » ?
Si elle devait demain arriver à l’Elysée, ce ne sont pas les Horaces – ce groupe de hauts fonctionnaires qui lui murmurent à l’oreille – qu’elle enverra peupler les ministères, mais les cadres du FMI.
Les dépenses nouvelles que proposent la plupart des candidats relèvent moins d’une feuille de route gouvernementale que d’un roman électoral
Une autre voie est possible. Un autre choix est nécessaire. Celui de la liberté. Libérer le travail de ses chaînes, en supprimant les cotisations salariales et patronales sur les heures supplémentaires et en refondant le Code du travail autour de cinquante principes fondamentaux. Libérer la production de ses entraves, en réduisant de quarante milliards d’euros les cotisations patronales non contributives et les impôts de production.
Libérer l'innovation de ses peurs, en supprimant le principe de précaution, en dérogeant aux régulations et en investissant massivement dans les secteurs stratégiques essentiels à notre croissance et notre souveraineté. Libérer les énergies de leurs carcans, pour que nous retrouvions enfin le pouvoir d’agir sur notre destin.
Car c’est bien cela, en définitive, la question centrale à laquelle devront répondre tous les candidats à l’élection présidentielle : comment reprendre en main notre avenir ? Bruno Retailleau est aujourd’hui le seul candidat à avoir apporté une réponse globale et cohérente.
La réforme de la Constitution qu’il a récemment présentée – qui prévoit d’élargir le champ référendaire à tout sujet d’ordre législatif et de donner aux Français le pouvoir de censurer les décisions du Conseil constitutionnel – procède de la même exigence que la fin du modèle social-étatiste pour lequel il plaide : rendre aux Français la maîtrise de leur avenir. Car il ne sert à rien de reconquérir notre souveraineté institutionnelle si c'est pour rester sous la tutelle de nos créanciers.




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