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Othman Nasrou : « Il faut en finir avec l'Etat nounou »

Dernière mise à jour : 20 août

Le vice-président LR de la région Île-de-France estime que « le compte n'y est pas » sur le projet de loi sur le pouvoir d'achat. Ce libéral, qui pourrait briguer la présidence des Républicains, appelle sa famille politique au « sérieux budgétaire ».



Si vous étiez parlementaire, voteriez-vous le projet de loi sur le pouvoir d'achat, même amendé ?


Pour moi, en l'état, le compte n'y est pas. Même si de rares points vont dans le bon sens, comme la réindexation de pensions de retraite ou la baisse des charges sur les indépendants, ce projet de loi me semble être davantage une partie du problème que la solution. Régler la question du pouvoir d'achat par une injection continue d'argent public et par des chèques financés par la dette est une idée absurde et dangereuse. Cela revient à verser de l'eau dans du sable, en particulier à un moment où l'eau - l'argent public - se raréfie.


Nous avions dit à droite qu'il y avait une condition préalable pour soutenir ce texte, c'est que le travail soit revalorisé. Pour l'instant, ce n'est pas le cas… Depuis trop longtemps, on a appris aux Français que l'Etat pouvait être la réponse à tous leurs problèmes. C'est un message désastreux notamment pour notre jeunesse, parce qu'il dévalorise totalement le travail - je rappelle que l'on a 1 million d'emplois non pourvus dans notre pays. Il faut en finir avec l'Etat nounou qui anesthésie toute responsabilité individuelle.


Pour moi, il n'y a qu'une solution : que l'on travaille davantage et que le travail paie davantage, nettement plus que les revenus de solidarité.


Le compromis qui se dessine entre le gouvernement et LR sur une ristourne supérieure aux 18 centimes actuels vous convient-il ?


La réalité est que l'Etat a engrangé des recettes fiscales supplémentaires grâce à l'inflation : il est juste et logique qu'il cesse cette ponction excessive. Je préfère évidemment cette logique à celle de l'usine à gaz du chèque carburant qui était jusque-là envisagée. Avec ses chèques, l'Etat prétend rendre d'une main ce qu'il prélève de l'autre. Plutôt que ce jeu de bonneteau, il vaut toujours mieux privilégier la baisse des taxes et des prélèvements. En plus, cela ne nourrit pas l'inflation et cela restaure la marge des entreprises.


LR a-t-il eu tort de proposer l'essence à 1,50 euro ?


Ne donnons pas le sentiment que c'est l'Etat qui doit fixer les prix. C'est une chose de vouloir baisser les taxes, c'en est une autre de donner le sentiment que nous serions favorables au blocage des prix. Face à des programmes populistes qui mèneraient la France à la ruine et un président de la République qui dépense plus qu'il n'agit, la droite est la seule force crédible capable d'incarner le sérieux budgétaire . Nous devons le rester.


Faut-il taxer les superprofits ? Les députés LR n'y sont pas hostiles…


Encore des taxes ! En France, on pense souvent que chaque problème peut être réglé par un nouvel impôt. Je ne crois pas que le sujet, aujourd'hui, soit de taxer davantage les entreprises . Cela envoie un signal négatif à l'ensemble du tissu économique.


Par ailleurs, est-ce à l'Etat de décider ce qu'est une marge acceptable ? J'ajoute que beaucoup de ces « superprofits » sont en réalité réalisés à l'étranger… Cessons d'être le seul pays qui n'aime pas la prospérité de ses entreprises.


La ligne de la droite doit-elle être libérale, pour se frayer un chemin entre la macronie et le RN ?


Oui, si par « libéral » on entend la libération du travail et des initiatives, avec un Etat qui se recentre sur ses missions régaliennes et arrête d'être un boulet au pied du pouvoir d'achat des Français. Des services publics qui se dégradent malgré des dépenses publiques qui explosent : il faut repenser de fond en comble le rôle de l'Etat, sa place, ses missions, et interroger son efficacité sans tabou. Il est aujourd'hui défaillant sur des missions essentielles comme la sécurité ou la santé.


Ceux qui veulent toujours plus de dépenses publiques sans poser cette question nous mènent à la ruine et au chaos. Dans le champ de l'opposition dispendieuse, nous serons toujours moins bons que le RN et la Nupes.


Je souhaiterais que l'on revienne à ce qui est le coeur de la droite : le mérite individuel, l'envie d'entreprendre, le travail, la défense des artisans, des commerçants, des catégories qu'on a totalement perdues parce qu'on tient un discours trop étatiste. Cette bataille culturelle mérite d'être menée. La droite s'est parfois perdue en chemin en reprenant les mots de la gauche.


Êtes-vous candidat à la présidence du parti ?


Je prends le temps de rencontrer tout le monde. Je ne suis pas dans une démarche individuelle et m'opposerai à tous ceux qui veulent nous diviser. Ce qui compte, pour moi, c'est qu'on refonde la droite intelligemment, qu'on ait le courage de clarifier notre ligne politique, de dire les choses plus clairement, de nous remettre profondément en cause - un courage qu'on n'a pas toujours eu. Il est temps d'écrire une nouvelle page de l'histoire de la droite française.


Source : Les Echos

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